Le grand et le petit.
5h00 am. J’écoute merles et bruants et observe la température qui nous éprouvent. Noé où es-tu ? Ce matin j’ai deux gilets et un manteau. ” C’est moi où y fait frette ? “ Le roulement de la ferme prend son air dans ces oppositions qui s’épaulent. Les forces: astrales et terrestres, centrifuges et centripètes, pratiques et bucoliques, capitalistes et humanistes crient pour la raison. Moi, c’est ferme et famille qui me tirent, me poussent et m’ aspirent.
Pause de philosophie agricole. Dans le plus concret, Colin a déboulé les escaliers. Charlot a perdu une botte aux champs. Marc-André a rencontré une fille qui est repartie, à son grand désarroi, avant la noirceur… Marc-Antoine est amoureux. Souriant, chaque jour il nous arrive un peu plus bronzé… par le regard lumineux d’Émilie. Les deux Olivier nous quitterons avant les cerises de terre. Je suis inquiet pour les récoltes de la semaine prochaine.
J’ai l’impression que la saison ne veut pas prendre son pic. Tous on prient et on incantent l’astre absent. Les récoltes sont inégales, les zucchinis, les choux-fleurs, les choux, les herbes aromatiques et les radis tardent. Nous avons réussis à faire un sarclage hier sur une partie de champ. On aperçoit maintenant une couleur rougeâtre à travers tous les crucifères. Cette couleur indique une carence en phosphore. Ce n’est pas bon. Le phosphore est l’élément le moins mobile dans le sol. Il est nécessaire dans le processus d’enracinement. Pas de phosphore égale pas de belles racines. Pas de belles racines égalent pas de beaux plants… M’ enfin. Ensuite il y a la fausse-teigne du poireau que je surveille avant qu’elle ne nous fausse compagnie… fausse route et faux bond. Je ne veux pas revivre les pertes de l’an passé. Pas les pertes de fausse-teigne mais les pertes de poireaux. La fausse-teigne migre dans le plant, ce qui le ruine. Je dois faire une pulvérisation ce soir ou demain. J’ai fait le dernier semis de carottes, radis et le premier semis de radis daïkon hier. Nous ne devrions pas en manquer. À la prochaine occasion je ferai le dernier semis de mesclun.
Je garde le moral mais vraiment j’exaspère. 18 juillet déjà. Charlot parle de plus en plus et Colin est très jovial. Est ce que la grandeur, c’est en fait le petit ? La grandeur de voir mes petits hommes grandir. La grandeur de discuter avec un partenaire. La grandeur d’observer une graine minuscule percer le terreau ou de regarder une araignée tisser une toile. La grandeur de voir Charlot dans le rideau, parce qu’il a entendu le camion, et tout d’éclats sourires, de me voir arriver… indifférent aux réussites ou aux échecs… Je vous souhaite une bonne semaine en santé.
Jean-François et toute l’équipe de la Tourmaline: Marc-Antoine,Thomas, Marcel, Marc-André, Huguette, Richard, Olivier Langlois, Anick, Andrée-Anne, Olivier Allard.



